Dimension Flo

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Dis-moi où tu crèches…

Article posté le 22 décembre 2016

Un fond de rochers, une rivière qui cascade, un berger, trois moutons, une étable au toit de tuile abritant Marie, Joseph, un âne et un boeuf

J’ai envie de vous parler de la crèche, cette crèche qui a suscité tant de polémique. Mon but n’est pas d’écrire un article politique, seulement d’exprimer un ressenti, quelques pensées.
Je suis chrétienne, mais je ne viens pas non plus vous parler religion, même s’il est évident que la religion joue un rôle dans tout cela.

Je veux vous parler d’un symbole, qui bien sûr a une valeur religieuse à mes yeux, mais auquel je tiens parce qu’il est bien plus que cela.
En photo, c’est ma petite crèche à moi. Elle est encore très simple, parce que les santons coûtent cher et que, chaque année si je le peux, je me rends à la foire aux santons de Marseille pour en acheter un ou deux. Alors bien sûr, elle ne grandit pas vite, mais quelle joie de placer chaque année un nouveau personnage aux côtés des autres !

On a demandé aux mairies de ne plus installer de crèche dans un lieu qui est public et donc, laïque. Je comprends cette demande. Mais la crèche est-elle seulement un symbole religieux ?

En France, les santons de la crèche représentent des provençaux d’il y a quelques siècles, entre le XVIème et le XVIIIème. La pastorale des santons de Provence raconte d’ailleurs l’aventure que ces petits personnages ont vécu le soir de Noël, en donnant à chacun un rôle et une histoire. Ainsi, elle fait naître Jésus en Provence, glacé par le mistral, adoré par des bergers descendant des Alpes, entouré par des personnages aussi peu palestiniens que le pistachier, la poissonnière ou le boumian.
Si vous n’avez jamais entendu une pastorale des santons de Provence, je vous propose un extrait de la plus connue, celle d’Yvan Audouard, en-dessous de cet article. Cet accent, cette musique, cette ambiance ne sont-ils pas savoureux ? Ils me rappellent toute mon enfance.

La crèche a pris une dimension culturelle énorme. En Provence, dans certaines églises, on joue même la pastorale en provençal. Je ne pense pas que Marie et Joseph parlaient le provençal. D’ailleurs, à leur époque, la Provincia était romaine, Massilia (aujourd’hui Marseille), ville grecque, ayant été annexée par Jules César en -49.

En Afrique, les santons ont la peau noire ; en Asie, ils ont les yeux bridés. Chaque crèche ne représente pas seulement la nativité de Jésus Christ, mais l’histoire d’un pays, ses coutumes, sa culture. Les vêtements, les métiers, les visages des santons ne représentent pas le peuple d’Israël d’il y a 2000 ans mais le peuple d’un pays, imprégné d’histoire, de traditions, de coutumes.

En voulant interdire les crèches en public, on interdit aussi l’expression d’un patrimoine, le récit imagé et abordable par tous de la vie d’un peuple il y a plusieurs siècles. Je trouve personnellement que c’est dommage, que c’est triste et que pousser à outrance la laïcité condamne un pays à effacer purement et simplement une part de son histoire.
La France a une part d’histoire chrétienne très importante. Cela ne signifie pas que chaque français doive devenir chrétien, au contraire, notre beau pays laisse chacun libre de choisir de croire en ce qu’il veut ou de ne rien croire du tout et c’est une valeur magnifique pour laquelle je me battrai toute ma vie. Mais cela vaut la peine, il me semble, que chaque français, d’où qu’il vienne, quoi qu’il croie, ait le droit de connaître les coutumes de son pays, d’admirer une représentation tant de la vie d’un peuple il y a quelques siècles que de l’artisanat des santonniers.
Parce qu’une crèche, c’est aussi un art, tant l’art du sculpteur de santons que celui de décoration, d’arrangement, d’inventivité de la personne qui a monté la crèche.

Bon… Euh… J’ai fait un peu de politique là non ? Hum… Je suis désolée. Le message que j’ai surtout envie de faire passer, en cette période de fête, c’est celui de la tolérance plutôt que de l’effacement de tout ce qui gêne.

J’ai envie de vous raconter une petite anecdote. Il y a un mois, j’ai travaillé avec un jeune stagiaire homosexuel, Arthur, à qui je fais une petite dédicace si jamais il me lit parce que j’ai énormément aimé partager ces quelques moments avec lui. Un matin, j’ai choisi de porter une paire de boucles d’oreille que mes parents m’ont ramenée de leur pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Ces boucles d’oreille représentent des coquilles Saint-Jacques aux couleurs de l’arc-en-ciel. Ce matin-là, j’ai hésité un petit moment avant de les mettre. Ca peut vous paraître idiot, parce que le symbole n’a rien de vraiment marqué religieusement, mais ces coquilles, symbole du pèlerin, étaient pour moi un symbole de foi et je me suis demandé s’il était convenable de les porter au travail. Je me suis finalement dit que pour la plupart des gens, ce ne serait pas perçu comme un signe religieux ostentatoire et je les ai mises.
Au cours de la matinée, Arthur me dit tout à coup :
« Oh, mais j’avais pas remarqué tes boucles d’oreilles ! Aux couleurs LGBT, c’est super ! »
Sans doute, à ma place, d’autres chrétiens se seraient récrié que non, absolument pas, ça n’a rien à voir, c’est un symbole religieux, qu’on ne peut pas faire ce genre d’amalgame… Moi, j’ai trouvé sa remarque absolument géniale et je lui ai répondu que je n’y avais pas pensé, mais que c’était tout à fait vrai.
Pourquoi j’ai trouvé cet instant formidable ? Mais tout simplement parce que cet objet, qui avait un sens tellement différent pour lui et pour moi, nous faisait plaisir à tous les deux. Parce que tous les deux, on y voyait quelque chose qui nous touchait personnellement et parce qu’on pouvait s’en réjouir tous les deux sans que ça ne dérange aucun de nous. Je pense qu’il n’a rien perçu de ce que j’ai ressenti à cet instant, parce que je n’ai rien dit, mais ça a été une très belle révélation pour moi.

Pour moi, ce que l’on voit avant tout en regardant une crèche, c’est une naissance ; une naissance dans des conditions misérables, mais une naissance qui réjouit tout un peuple. Une crèche, c’est un rassemblement plein de joie autour de la venue d’un enfant. C’est un symbole festif, d’espoir et de renouveau. Comme pour mes jolies boucles d’oreille, n’est-il pas possible que chacun y voie un symbole qui lui parle ? Faut-il se fermer, reconnaître un symbole chrétien et le rejeter s’il ne nous concerne pas ? Ne peut-on pas laisser les chrétiens contempler la naissance de leur sauveur et les non chrétiens une simple célébration de la vie ?

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  1. Je suis bien d’accord avec toi. Joyeux Noël.

    Didier Bert

    24 décembre 2016