Dimension Flo

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Le deuil de l’homme idéal

Article posté le 14 février 2017

Mains avec alliances sur bouquet de mariage

En ce jour de saint Valentin, j’ai envie de vous parler d’amour. Comment le reconnaître ? Comment ne pas se tromper ? Pourquoi ce qui commence si bien se termine parfois en catastrophe ?
Je ne prétends apporter aucune réponse à ces questions, seulement vous livrer mes pensées, tirées de mon expérience, et échanger avec vous sur ce sujet aussi délicat qu’important dans nos vies.

Petite introduction

Cela fait un moment que le thème me trotte dans la tête, que je sais ce que j’ai envie de vous raconter, mais que je n’arrive pas à me lancer. Ce n’est pas un sujet facile. Nous avons tous des ressentis et des vécus différents en amour et ce que j’ai découvert sur moi n’est peut-être valable que pour moi.
Comment écrire tout cela sans avoir l’air de donner une leçon ? Ce serait grotesque, compte tenu de mes propres erreurs, je n’ai rien à apprendre à personne. Comment ne pas avoir l’air d’écrire des généralités, moi qui ai horreur des gens qui généralisent ?
Et puis, hier soir que je songeais que l’article tomberait à pic le 14 février, j’ai fini par trouver une réponse toute simple : parle de toi, me suis-je dit, raconte ton histoire et les conclusions que tu en as tiré pour toi. Si jamais cela parle à d’autres, tant mieux. Si jamais cela ne concerne que toi, ce sera toujours intéressant pour tes lecteurs de t’étudier comme une bête de laboratoire.
Livrer une part intime de ma vie sur le net, je n’ai jamais fait ça auparavant et ça m’impressionne beaucoup. Mais l’important ici n’est pas ma vie privée, mais les réflexions que l’amour sous toutes ses formes m’inspirent. L’exercice ne m’est pas facile et m’a demandé beaucoup de moi-même.
Mais voici, ce que ma vie a connu d’important en amour et ce que j’en ai reçu.

Un peu d’histoire

Je tiens à préciser que les prénoms utilisés sont fictifs.

L’âme sœur

Il y a d’abord eu Roméo. Roméo n’a pas été un coup de foudre, puisque nous avons été amis avant d’être amoureux. Mais ce qui m’a fait ressentir des sentiments aussi puissants pour Roméo, ça a été de constater à quel point nous étions semblables. Nous avions la même culture, la même conception de la vie, de l’amour, de la famille… Nous avions les mêmes loisirs, les mêmes jeux, les mêmes goûts littéraires, musicaux… Nous avions les mêmes délires, le même humour, la même éducation… Parfois j’avais presque l’impression que nous avions la même enfance, alors que nous n’avions même pas grandi dans le même pays, tant nous avions des souvenirs, des repères culturels qui se ressemblaient.
Avec Roméo, les choses me paraissaient incroyablement simples et merveilleuses, parce que j’avais l’impression que tout en lui m’était familier, que nous nous ressemblions suffisamment pour que chaque moment soit partagé dans une compréhension mutuelle évidente.

Evidemment, je me trompais. Roméo était quelqu’un de bien, mais il avait un gros défaut. Il haïssait le conflit et avait comme idéal de vie d’avoir la paix. Pour cela, il était prêt à se conformer à n’importe quoi, à faire le caméléon au point de modifier ses goûts, ses comportements, pour coller parfaitement au moule que l’autre lui proposait. Peut-être aussi avait-il cette peur que, s’il se montrait différent de moi, je l’aime moins… Le problème, c’est qu’un jour lui-même n’a plus supporté le rôle qu’il se forçait à jouer pour ne pas avoir à se confronter à un avis différent. Ce jour-là, il est parti.

Le coup de foudre

Quelques années plus tard, j’ai rencontré Jules. Je n’avais jamais ressenti encore ce que j’ai ressenti pour Jules. Jules m’a immédiatement éblouie : sa voix, son corps, ses talents de musicien, sa façon d’être prêt à se lancer dans les projets les plus fous, sa webradio, ses idées si fantasques et réalisables à la fois… Jules m’en a mis plein les yeux. Il m’a hypnotisée, enivrée, je ne voyais plus que lui. Le vrai coup de foudre, en somme. Plusieurs personnes qui le connaissaient un peu m’ont avertie, m’ont dit de m’éloigner de lui, mais je n’ai rien voulu entendre.
Jules était merveilleux, drôle, sensible, lumineux. Je l’aimais et plus rien d’autre n’avait d’importance.
Je ne crois pas pourtant que je m’aveuglais complètement sur ses défauts. Sa jalousie extrême, sa façon de m’isoler, une certaine violence dissimulée, et même de petits mensonges, qu’il avait prononcés à d’autres que moi et dont je me pensais à l’abri, tout cela, je le voyais. Je le voyais, mais d’une certaine façon, tout le reste de sa personne correspondait tellement à tout ce que j’aimais, idéalisais, attendais de la vie que je préférais excuser ces petites fausses notes, leur trouver des explications de plus en plus absurdes pour me convaincre que ce n’était pas grave et que ça ne pouvait pas avoir d’importance, puisqu’il était l’homme que j’avais toujours attendu.

Pourtant, même perchée sur mon petit nuage, la réalité a fini par me rattraper. De terribles mensonges que je commençais à découvrir, une colère et une violence qui commençait à s’exprimer, une réaction agressive et sans aucune empathie lorsque j’ai commencé à douter et à avoir besoin qu’il me rassure… Cette fois, c’est moi qui suis partie, après de longues semaines de doute et de souffrance, quand j’ai compris qu’il détruisait ma vie à petit feu.

Monsieur Flo

Et puis, quand j’ai réussi à me tirer de ce bourbier, j’ai rencontré monsieur Flo. Pour tout vous avouer, la première fois que j’ai vu monsieur Flo, il avait un peu bu et il m’a prodigieusement déplu. Pourtant, on a été assez proches à ce moment-là, mais je n’ai même pas pensé un truc du genre « Ce type, jamais ! » parce que penser ça, ça aurait voulu dire que je me posais la question. Non, j’étais à mille lieues de ça, il m’agaçait un peu, il était lourd et je me suis juste dit que c’est le genre de personne qu’on apprécie d’avoir pas loin quand on s’ennuie à mourir dans une soirée (c’était le cas le soir où je l’ai rencontré), mais que c’était bien tout ce qu’il y avait à en dire.

Et puis, le temps a passé ; au fur et à mesure des mois, j’ai bien compris que monsieur Flo était amoureux de moi et voulait tout faire pour que je le sois aussi. Avec le temps, j’avais bien entendu découvert qu’il était bien plus que le type un peu lourd de la première soirée. Je l’aimais beaucoup, lui faisais confiance, me sentais bien en sa compagnie. Je le trouvais intéressant, amusant, j’aimais passer du temps avec lui, mais voilà : je crois que j’attendais quelque chose et que monsieur Flo n’y répondait pas. Je restais focalisée sur le souvenir éclatant de Jules, un souvenir pourtant qui, je le savais, n’était pas le vrai Jules, mais ce que j’avais vu de Jules au départ, ce que j’avais idéalisé de Jules et dont je ne parvenais pas à me défaire.
J’attendais un homme qui m’éblouisse comme Jules, j’attendais un homme qui ressemble à une âme sœur comme Roméo. Et monsieur Flo, un homme entier, naturel, avec ses qualités et ses défauts que je voyais, les unes comme les autres, sans détour, eh bien ça ne parvenait pas à éveiller les papillons dans mon ventre et le feu dans mon cœur.

Le deuil de l’homme idéal

Monsieur Flo a été patient, très patient, heureusement pour moi. Parce qu’un jour, la révélation a fini par m’atteindre. C’était une soirée toute bête, j’organisais la pendaison de crémaillère de mon nouvel appartement et monsieur Flo était venu me prêter main forte.
Et là, brusquement, alors que j’apportais les plats pendant qu’il servait à boire aux invités, j’ai compris qu’il était l’homme de ma vie. D’un coup d’un seul. Alors que l’instant d’avant, si on m’avait demandé si j’étais amoureuse de lui, j’aurais répondu que c’était peu probable.
Le processus était sans doute à l’œuvre depuis longtemps en moi, mais il s’est achevé à ce moment-là, quand j’ai senti cette complicité simple et évidente du quotidien entre lui et moi, quand j’ai senti ce plaisir partagé que nous avions tous les deux de recevoir, de faire plaisir.

Ce processus, je l’ai appelé plus tard le deuil de l’homme idéal. Pour l’expliquer très simplement, je crois que j’étais incapable de tomber amoureuse de monsieur Flo parce qu’il correspondait à ma réalité et non à un rêve, un idéal que j’avais dans ma tête depuis peut-être ma naissance.
Ce rêve, cet idéal, c’est un homme partageant tout avec moi, un homme qui à la fois me ressemble assez pour que la complicité soit totale et est assez brillant pour que je l’admire, qui me fait voyager en chantant, en jouant (la musique a toujours été une composante essentielle de ce rêve). J’ai cru que Roméo était cet homme idéal, parce que Roméo avait décelé ce que j’attendais de lui et s’y était conformé, parce que c’est sa manière générale de fonctionner. J’ai cru que Jules était cet homme idéal, parce que tous les indices étaient là pour me montrer que ce n’était pas le cas, mais que j’ai choisi de ne voir chez lui que ce qui correspondait à mon rêve.

Faire le deuil de l’homme idéal, cela signifie admettre que cet idéal n’existe tout simplement pas et que lorsqu’on le croise, il faut s’inquiéter tout de suite, parce que c’est probablement soit qu’on se voile la face, soit qu’il nous cache quelque chose de lui-même. Et ce deuil, il est terriblement difficile, douloureux et long, en particulier quand on a cru à un moment donné avoir rencontré quelqu’un correspondant à notre idéal. Même en sachant que l’on s’est trompé, cette fausse image qui nous a rendu tellement heureux nous reste collée à la peau et nous empêche de regarder la réalité.

Et pourtant, cette réalité, elle existe et elle me comble tellement plus. Quand j’ai réussi à faire mon deuil, j’ai compris à quel point elle était lumineuse et puissante par rapport à mon rêve. Mais cela a pris du temps. Même quand j’ai vraiment compris que monsieur Flo était l’homme de ma vie, il a fallu encore de longs mois pour que je me débarrasse de tous mes doutes. Ce petit chatouillis au fond de mon esprit, cette petite voix pleine de mensonge qui me soufflait que, si je me souvenais combien était brillant mon Jules, je ne pouvais pas trouver la réalité aussi brillante et il devait y avoir plus beau ailleurs, elle a continué longtemps de murmurer à mon oreille avant que je ne parvienne totalement à la chasser.

Monsieur Flo, j’en connais toutes les qualités et tous les défauts. Je sais qu’il est imbuvable au réveil, qu’il est maniaque, trop exigeant avec lui-même et avec les autres… Et parce que je sais tout cela, parce que je peux le regarder en me disant que non il n’est pas parfait, que non il n’est pas idéal, mais que pourtant, mon Dieu comme je l’aime, je sais que cet amour est authentique et véritable.

Cela va peut-être vous paraître incroyable, mais chaque matin, quand je me réveille et que je pense à lui, lui, l’homme agaçant de ma première rencontre, lui qui m’a tourné autour pendant des mois et que j’ai cru ne jamais pouvoir aimer parce qu’il n’avait rien qui me rendait folle et irrationnelle, à chaque nouveau matin qui se lève, j’ai l’impression que je l’aime un peu plus que la veille.
Cela fait à présent plus de trois ans que nous sommes ensemble, un an que nous sommes mariés, mais chaque jour, j’ai l’impression de découvrir encore un peu plus d’amour et de bonheur quand je pense à lui. Quelle que soit la force avec laquelle j’ai aimé Jules ou Roméo, je n’ai jamais, jamais ressenti une chose pareille.
Cela fait plus de trois ans, oui, et pourtant, ces fameux papillons dans le ventre, ils se réveillent chaque fois que je lis un texto de monsieur Flo où il m’écrit un mot d’amour.

Ma petite conclusion

Il en faut bien une, même si en matière de sentiments, rien n’est jamais scientifique, rien n’est jamais certain.
Je l’ai dit, ce que j’écris vaut pour moi, je ne sais pas à quel point cela vaut pour d’autres. Peut-être peut-on rencontrer l’homme de sa vie sur un coup de foudre. Peut-être peut-on être complètement ébloui ou complètement en osmose dès le départ et malgré tout s’aimer de façon authentique, équilibrée, sans faux-semblants.
Mais en ce qui me concerne, je n’y crois pas. J’ai reconnu l’amour, le vrai, et même si cela m’a pris du temps, à cette vérité qui l’accompagne, à cette transparence qui fait que j’ai pu regarder l’autre dans sa globalité, sans rien me dissimuler à moi-même, sans qu’il ne me dissimule rien, tout en sachant que je l’aimais ainsi.
Pour moi, ce deuil de l’homme idéal est extrêmement important. J’ai attendu 28 ans pour le faire et le processus a pris des mois et des mois.
Peut-être que certains n’ont pas besoin de le faire. Peut-être que d’autres ne le feront jamais et tenteront toute leur vie de courir d’idéal en idéal, tombant de déception en déception.
Pour moi, c’est une réalité dont il faut avoir conscience pour pouvoir avancer, aimer vraiment et se laisser vraiment aimer.

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6 Avis

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  1. Ton texte est très touchant, et assez vrai je trouve.
    On n’a pas eu le même vécu, mais il y a certains aspects de ton expérience qui m’ont parlé…
    28 ans = âge de raison ? :)
    J’ai l’impression d’avoir eu un déclic sur beaucoup de choses également cette année.

    En tout cas c’est toujours autant agréable de te lire :).

    Jessica

    15 février 2017

    • Merci beaucoup !
      Je suis d’accord, 28 ans, j’ai eu un déclic sur beaucoup de choses cette année-là, et pas seulement sur l’aspect sentimental. Professionnellement, aussi, et de façon un peu générale, dans ma façon de voir les choses, de me positionner face à plein de trucs.
      Faudrait que je regarde s’il y a des études qui parlent d’un âge charnière comme ça.
      En tout cas merci de ta fidélité à mes écrits !
      Bisous !

      Flo

      15 février 2017

  2. Merci pour ce beau partage. J’adore ce que tu exprimes.

    Mailia

    25 février 2017

    • Merci beaucoup ! Passe un bon week-end !

      Flo

      25 février 2017

  3. J’adore cet article…
    Chaque expérience fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui
    Mais cette expression "deuil de l’homme idéal" est juste parfaite…
    Parce qu’un jour j’ai finalement quitté un homme qui me disait je t’aime dix fois par jour, mais que je ne désirai plus, qui me mentait, éteignait son téléphone à peine la porte franchie…

    Et j’ai rencontré mon mari, mon ami, mon amant, mon homme plus qu’imparfait mais parfait. Peu loquace sur ses sentiments, mais tellement présent en actes, dans ma vie, dans notre vie et dans celle de notre fille. Et je n’ai absolument pas besoin d’entendre Je t’aime pour savoir que c’est un fait, une évidence.

    Malou

    13 mars 2017

    • Eh oui… Quand on arrive à quitter l’idée qu’on se fait de l’homme parfait, on se rend compte que le concret est en définitive tellement plus rassurant et beau…
      Mais c’est pas évident quand on est enfermé dans une relation dont on a toutes les peines à sortir. Je pense qu’on en sait toutes les deux quelque chose.
      Bisous et profite bien de cette belle famille que tu as eu la chance de finir par fonder avec un homme qui te rend vraiment heureuse, tel qu’il est.

      Flo

      13 mars 2017